L'histoire du Cavalier King Charles est liée à celle de son très proche cousin, le King Charles, qui fut le compagnon des princes durant les quatre derniers siècles. Tous les deux appartiennent à la race des Epagneuls nains anglais.
L'histoire de cet épagneul nain est curieuse à bien des égards. En effet, après avoir été le " compagnon " de la royauté britannique au fil des siècles, il a bien failli disparaître.
Le Cavalier King Charles est de nos jours beaucoup plus connu que son cousin le King Charles, mais leur histoire est étroitement liée.
Pour la retracer, il faut remonter à la source des épagneuls nains occidentaux.
L'épagneul, appelé aussi chien d'oiseau ou chien couchant, forme dans l'Europe féodale un des éléments des meutes seigneuriales ; de taille moyenne, le poil long et ondulé, il est utilisé pour la chasse aux oiseaux, parfois en complément du rapace dressé. On commence à détecter l'apparition de sujets de petite taille vers la fin du XIIIème ou le début du XIVème siècle. Mutation naturelle au départ, mais appréciée pour la compagnie : ces petits chiens sont l'apanage des dames de la noblesse, voire de la bourgeoisie, bien que dans certaines uvres on retrouve de petits épagneuls en condition de chasse.
A partir du XVème siècle en tout cas, l'épagneul nain est une réalité cynologique incontestable, émergeant en différents pays sous le pinceau des peintres.
En Angleterre, l'engouement est identique. L'épagneul, venant de France, y a été introduit à la Renaissance, se perpétuant dans les races de Spaniels. Soit que des sujets nains soient aussi apparus en Angleterre, soit que les Anglais les aient adoptés du continent, une souche de ces petits chiens va se développer Outre-Manche au moment où la dynastie écossaise des Stuart hérite du trône d'Angleterre. La légende veut déjà que lors de la décapitation de Marie Stuart en 1587, son petit épagneul se cachât dans ses jupes. Avec le petit-fils de celle-ci, Charles I (1600-1649), les épagneuls nains sont en faveur à la cour. Charles II (1630-1685), qui succède en 1660 à son père après son exécution par le Parlement puis l'intermède républicain de Cromwell, a pu apprécier ces petits chiens. Une fois sur le trône, il continuera de s'en entourer, tout comme sa sur Henriette, qui épousera Philippe d'Orléans, le frère de Louis XIV.
En 1885 est fondé le club du Toy Spaniel : quatre couleurs sont reconnues, correspondant à quatre appellations :
· King Charles (noir et feu),
· Prince Charles (tricolore),
· Blenheim (blanc et orange),
· Ruby (roux).
En 1903, le club retient le nom King Charles pour l'ensemble de la race ; pour imposer ce changement au Kennel Club, il faut l'intervention du roi Edouard VII.
Mais c'est un américain qui donnera l'impulsion nécessaire à la résurrection du type " nosey " (" avec du nez ") : en 1925, le milliardaire Roswell Eldridge vient visiter l'Angleterre et chasser dans le Somerset. Séduit par les épagneuls nains visibles sur maint tableau, il cherche un couple pour le ramener à New-York. Sa quête est vaine : le chien des Stuart semble n'être qu'un souvenir de l'histoire. Elridge décide de faire quelque chose pour tenter de le retrouver : pendant 5 années consécutives, à l'exposition Cruft's, il va offrir un prix de 25 £ au mâle et à la femme qui seraient les plus proches de l'ancien type, crâne plat et museau long. En 1926, les deux inscrits à ce concours gagnent le prix. En 1927, il y a 6 inscriptions : Mme Hewitt-Pitt qui aura ensuite une grande influence avec son élevage " Ttiweh ", gagne la classe femelle avec Waif Julia. En 1928, il y a 14 chiens inscrits. Mme Hewitt-Pitt remporte le prix avec Hentzau Sweet Nell ; en mâle le vainqueur est Ann's Son à Miss Mostyn Walker. Ce chien qui gagnera aussi les éditions 1929 et 1930 aura une nombreuse descendance et passera pour modèle. Au cours de l'exposition de 1928, les pionnières de la " nouvelle ancienne " race fondent le " Cavalier King Charles Spaniel Club ", rédigeant un standard basé sur Ann's Son.
Mais le Kennel Club ne considère pas qu'il y ait matière pour une reconnaissance officielle ; les Cavaliers continuent d'être enregistrés comme King Charles. Les difficultés pour la constitution d'un cheptel homogène n'ont d'ailleurs pas manqué. Les quelques sujets " Nosey " issus de portées de King Charles ont représenté une base fort réduite. De plus, le Cavalier subit un coup sévère pendant la deuxième guerre mondiale. Mme Harper-Trois Fontaines (" de Fontenay ") est un des rares éleveurs en activité durant le conflit et les quelques géniteurs reproduisent en consanguinité étroite. Après guerre, Mme Hewitt parvient à remonter à Ann's Son pour reconstruire sa lignée. Dès 1945, les efforts de ces dames portent leurs fruits : le Kennel Club reconnaît officiellement le Cavalier King Charles.
Dans les années soixante, Rowley, le Cavalier de la princesse Margaret contribue à attirer l'attention sur la race. Les naissances augmentent vigoureusement, laissant le King Charles loin derrière.
En 1973, c'est la consécration avec le Best-in-Show à Cruft's du mâle blenheim Alansmere Aquarius, aux éleveurs Hall et Evans.
Le Cavalier King Charles s'exporte alors vers les autres nations anglophones et vers l'Europe continentale.
En France, des particuliers ramènent quelques sujets au début des années 1970, mais leur présence passe inaperçue. La véritable pionnière est Eliane Chevallereau (" des Mirkalines ") qui en 1973 importe d'Angleterre la femelle blenheim Woodlinken Arabesque et le mâle tricolore Ashpenda Double Diamond. A sa suite, Mme Boulemé (" de la Dauberie ") puis M. Chiorino (" des Norlys "), se lancent dans la race.
En 1983, Mme Chevallereau fonde le Club des Epagneuls Nains Anglais, consacré aux deux races.
Bibliographie :
· Le Cavalier King Charles de Christian Limouzy aux Editions De Vecchi
· Magazine Vos Chiens n° 207 mars 2003
· Magazine Atout Chien hors série n° 54 avril mai juin 2003
· Magazine Revue Chiens 2000 septembre 2003